« Je parlerai pas de mon parcours en long et en large. Je suis ce que je qualifie avec humour un sénégalais issue de l’importation (comme sunu thiep national).

J’ai en effet vécu 22 / 25ans à l’étranger. Les 3 dernières années ont marqué mon retour définitif. J’ai décidé de rentrer en classe de Master au Cesag (Master banque et finance option finance de marche / fonde par la banque de France et la BCEAO) après une licence au Maroc (Banque et Finance à Lisiam ). Pas que je n’avais pas cette possibilité de continuer au Canada ou en France,… mais je me suis dit c’est le moment. Actuellement, je suis salarié d une banque de la place.

Je pense que ce qui m’a aidé c’est le fait que, malgré une enfance et une adolescence à l’étranger, je me suis jamais vraiment déconnecté socio-culturellement du pays. La communauté faisait en sorte de recréer l’ambiance du Sénégal. Les vacances aussi (même si mon accent me trahissait et me trahit parfois encore) étaient une façon de rester en contact et se confronter à la société et parfois à ses difficultés et contradictions. Et l’avènement de la RTS (Rien Tout les Soir) sur le satellite et du net a également permis de m’intéresser plus à l’actualité du Sénégal. J’ai admiré le jom et la fayda des sénégalais à l’étranger, ça m’a donné plus de courage et de détermination. Ensuite mes 3 ans au Maroc m’ont permis de me confronter à la mentalité du jeune dakarois, avec le charme de la désinvolture et la soif de conquérir le monde.

Cette introduction faite, je voudrai évoquer les causes de non retours de certains compatriotes. Des causes liées au facteur social et pas juste économique. Ce sont des choses que j’ai observé et des éléments sur lesquels je discute souvent avec des gens qui n’ont pas sauté le pas. Pas que des jeunes. C’est a mon avis important de les partager et d’avoir vos avis.

A) L’acculturation supposée des sénégalais nés à l’étranger
Les enfants qui naissent ou grandissent dans la forêt (pour reprendre l expression wolof) ont parfois du mal à entrer dans le moule et l’étiquette sociale. Le mix de culture avec une pointe occidentale (merci l’école française) débouche si l’on y prend pas garde, sur une mise) à l’écart avec un « ki toubab la, mounoul comprendre ». De ce fait l’individu qui n’a connu que le folklore du thiep et d’un sabar le temps de 2 semaines de vacances, sans vraiment entrer dans la réalité sociale avec ses qualités et ses codes moins glamour n’a pas vraiment de repères et éprouve du mal à s’en créer (surtout s’il est pointé du doigt). Conséquence, il préfère rester en Europe ou aux USA où il ne sera pas jugé et designé comme toubab bou comprendroul. S’il n’est pas compris par la famille, il est vu comme un enfant indigne, impoli, qui a oublié la dette morale qu’il a envers la société. Il est important d’enraciner des repères et des valeurs qui faciliteront un retour aux sources et pas juste des souvenirs sur des selfies à la Voile d’or. Et pour ça, il faut les bonnes personnes (les sages, les vieux, ce qui ont du vecu et pas juste du paraître à revendre) et le temps. Mais si dans les deux semaines vous vous êtes baladés de maison en maison durant votre séjour, le processus n’aura pas le temps de se déployer. Il n y aura que de la figuration et le visage renfrogne de quelques tantes que vous n’aurez pas reconnu tout de suite. (Beaux visages nak bala niou mey door). Il y a une « diplomatie sociale  » à apprendre.

B) La « charge sociale  » ou la dette morale.
Des retraités (pour dire que ce n’est pas qu’un problème de jeunes) ont eux préféré une retraite ailleurs qu’au Sénégal. Ils ont donné tout durant leurs carrières par solidarité (la dette morale) parfois plus qu’ils n’en pouvaient et après avoir réfléchi, ont préféré profiter de leurs vieux jours dans le calme (solitaires ?). Cela va être jugé comme une forme d’égoïsme envers les autres, mais eux ne veulent plus après des années de sacrifices (y compris en sacrifiant la fameuse préparation au retour) être égoïstes envers eux même. Et ils n’ont pas le sentiment de pouvoir réaliser cela de retour au bercail. L’erreur a été souvent de n’avoir justement pas pu/su préparer le retour et de ne pas avoir su dire stop aux charges « non prioritaires » (parrainage de tel ou tel cérémonie à coup de millions, distributions à des gens qui ont des problèmes mais viennent pour l’habit de Korité au lieu de la scolarité du petit neveu, etc). Une prise en otage de la solidarité qui en dégoute certains et les condamne à l’exil.
Il est donc a mon sens important à son retour de savoir fixer les priorités, mettre sa famille à l’abri (moralement surtout et financièrement après) pour ne pas créer des conflits et savoir dire stop aux farfelus quelque en soit le jugement qui sera émis à votre encontre. Soyez pour une solidarité saine et pas une solidarité du « m’as tu vu ».

C) La peur du mystique.
Beaucoup me disent tu es courageux d’être rentré. Moi à ton âge, j’ai préféré partir. Parfois en grattant vous vous rendez compte que ce qui a précipité le départ de personnes rentrées au bercail ou qui ont fini leurs études ici c’est cette peur. Au début je trouvais cela anecdotique. Mais beaucoup gens pensent que travailler au Sénégal c’est risquer sa santé et sa vie, après avoir retrouvé des œufs, des plumes, des petits papiers avec des inscriptions bizarres. Je pense que c’est absurde et cela débouche sur de la pur paranoïa qui fait que la personne se méfie de tout et tout le monde et n’avance pas sereinement dans son projet de vie au Sénégal, dépensant de l’argent dans toute forme de protection. La foi et la prière suffisent, le reste n’est que détail.

D) Le dernier point
Le sénégalo-pessimisme.
« Qu’est ce que tu vas chercher la bas? Pourquoi n’es tu pas resté wala nga dem babylone ? 
Y’a rien ici, c’est la merde.  » … quand je rentrais, ces mots je les ai entendu, mais je suis venu quand même. 
Le pays n’est certes pas une référence en développement. Mais si personne n’y croit qui le fera à notre place? C’est dur, il y a des obstacles mais ca n’empêche pas les gens d’y vivre et d’y construire quelque chose (de se réaliser humainement parlant). C’est cette observation qu’on peut faire de vos témoignages et que les gens qui hésitent doivent lire. Et il faut qu’on puisse le faire comprendre aux jeunes. Il faut que l’hémorragie des générations sacrifiées soit stoppée.
Je terminerai par cette phrase :
« Mieux vaut allumer une chandelle que de maudire l’obscurité »- Confucius. Ce réseau est peut-être cette chandelle. »

Bachir Diouf


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