« J’ai 40ans, ancienne Kennedienne et je pense avoir fait les écoles privées catholiques de toutes les régions du Sénégal car fille d’officier de gendarmerie (chaque mutation de papa = nouvelle ville et nouvelle école). Année blanche et perdue en 1987 puis bac en 1993. J’ai fait une année de prépa HEC à Jeanne d’arc avant d’aller à l’université de Marne la Vallée d’où je suis diplômée en NTIC, Services et Réseaux de Communication. J’ai travaillé dans plusieurs entreprises dans mon domaine en France, je me suis mariée à Raouf, qui n’est pas sénégalais. Nous avons acheté notre appartement, avons été naturalisés et avons eu trois enfants. J’avais une vie bien déconnectée des réalités sénégalaises et j’avoue que les problèmes de garde d’enfants ont été ma principale motivation à revenir alors que mon mari lui a toujours pensé que si nous devons réaliser de grandes choses, on a plus de chances chez nous qu’ailleurs. J’ai postulé à la BCEAO, ils m’ont appelée à un moment où je les avais même oubliés et nous sommes tous rentrés en 2004 et j’y travaille toujours comme informaticienne. Je vis au Bénin maintenant et suis très régulièrement au Sénégal.

Je félicite ceux qui ont pris la décision de rentrer et encourage ceux qui hésitent encore, à commencer les démarches. Ce qu’il faut comprendre c’est que c’est LA chose à faire, c’est RENTRER et le plus tôt possible. Mon message s’adresse particulièrement à ceux qui viennent tout juste de sauter le pas ou qui hésitent encore. Ce n’est pas évident, ce n’est pas la même vie. Il y a beaucoup de désillusions mais il faut tenir bon. Ce n’est facile dans aucun des cas que nous représentons tous.
Pour ceux qui rentrent boulot en poche, il y a les habitudes différentes des collègues d’ici et du système même. Sans compter, et je n’exagère pas je crois quand je le dis, la méprise des personnes avec qui l’on doit travailler et qui ont fait tout leur cursus sur place sans sortir du pays. Très souvent ils ont des idées arrêtées sur nous et n’hésitent pas à sortir le « fi dou nonou » ou le « on n’est pas en … ».Et toutes nos actions sont très vite interprétées comme de la supériorité envers eux parce qu’on vient de tel pays. Mais tenez bon, travaillez avec diplomatie, et évitez de réveiller ce sentiment chez eux car parmi les B2G aussi… chiiii amna niou méti !

Pour ceux qui doivent chercher du travail, c’est très dur de se demander tout le temps si l’on a bien pris la bonne décision, de répondre à des questions ou d’essuyer des remarques à chaque rencontre avec ceux qui ont appris votre retour. Surtout que la plupart du temps on voit bien ceux qui n’ont pas bougé du Sénégal ou qui sont rentrés depuis longtemps avoir l’air de s’en sortir royalement bien (maison, voiture, terrains, boulot, mariage, enfants…). Mais tenez bon ! Votre avenir est ICI ! Et ne faites pas l’erreur de vivre comme un vacancier lorsque vous venez de rentrer définitivement et que vous n’avez pas à aller au boulot lundi matin… on se comprend. 

Pour ceux qui ont eu une idée géniale dont ils sont sûrs et qui rentrent pour la concrétiser et investir, se mettre à leur propre compte, les désillusions n’en finissent pas. Les lenteurs, les bâtons dans les roues, les incompréhensions, les erreurs et même les échecs, tout cela ne doit pas vous décourager car c’est ici que vous devez réessayer.

Pour ceux qui sont célibataires, vous aurez la pression de partout. N’y cédez pas aveuglément au risque de faire des erreurs de choix. Pour ceux qui sont mariés, si vous ne faites pas de préparation préalable, votre couple risque de beaucoup en souffrir voire de casser… Car il y a ceux qui rentrent seuls d’abord en attendant que leur moitié arrive et c’est l’un des pires plans pour fragiliser le couple, ensuite il y a ceux qui rentrent ensemble mais qui se retrouvent confrontés à une nouvelle réalité de vie de couple (parents, belles familles, amis, amies, voisins, difficultés et frustrations dues au retour au pays), de petites épreuves auxquelles nous oublions de nous préparer et qui nous bouffent petit à petit.
Saisissez les opportunités, tenez bon, soyez patients et ça va marcher. En général, les entreprises qui marchent sont celles où l’on retrouve les expériences de ceux qui sont rentrés au pays mais aussi de ceux qui connaissent bien le terrain. Vous voyez, .nous avons presque tous quitté le Sénégal à un âge naïf où nous savons bien travailler à l’école mais où les vraies réalités du pays sont gérées par les parents pour nous, positives ou négatives d’ailleurs. On ne s’occupait pas de savoir quelle zone était la meilleure pour acheter un terrain, dans quelle filière investir, quelle meilleure entreprise du Sénégal intégrer à notre retour, quelle meilleure école pour les enfants, etc. Si vos anciens copains de classe qui sont restés au Sénégal ont acheté ou construit ou planté depuis, c’est parce-que c’est en étant sur un terrain qu’on y trouve des opportunités.

L’occident est saturé aujourd’hui, et ses yeux sont tournés vers ici car nous sommes dans la seule zone pratiquement vierge encore à exploiter. Nous devons la protéger du pillage. Si vous trainez avant de le comprendre vous serez loin derrière dans la longue file à la porte de “l’Afrique En Évolution. »

Bougez, circulez dans le Sénégal, suivez le journal télévisé local, et emmenez vos enfants partout, associez les tôt à vos activités sérieuses avant qu’ils aient l’âge de quitter le pays. Cela les sensibilise sur ce qu’on y trouve et leur fait comprendre très tôt qu’ils y ont un objectif et qu’aller étudier ce n’est pas émigrer.

Sénégal dey demm même si ce n’est pas facile. »

Dior Niang Osseni


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