« Une histoire parmi d’autres sur le retour en Afrique.

Beaucoup d’entre vous se pose la question suivante : N’est-ce pas risqué de rentrer au pays ? Ma réponse est sans équivoque, « oui c’est risqué, mais ça en vaut largement le coup » et «seul le risque paye ».
Le syndrome du déclic…

Avant d’épiloguer sur mon expérience au retour dans mon cher pays le Sénégal, je vais entamer mon propos par ce qui m’a poussé à quitter la France, ma terre d’accueil pendant près d’une dizaine d’années. Il m’est arrivé ce « truc » que j’aime appeler le « déclic du retour au bercail ». Ses symptômes sont uniques :
– La mélancolie aiguë qui vous prend à chaque fois que vous levez les yeux en direction d’un ciel abonné au gris ;
– L’envie pressante de retrouver les siens restés au pays ;
– Le fameux Métro-Boulot-Dodo dont vous ne supportez plus l’interminable recommencement ;
– Jean et Marine qui vous disent encore et encore qu’il est temps de rentrer chez vous ;
– En ce qui me concerne, un symptôme supplémentaire et pas des moindres m’habitait : l’assurance que les mentalités et réalités de mon pays d’accueil n’étaient pas prêtes à changer et que l’ascenseur social donnait un accès prioritaire à une frange de la population. Mon sentiment était que l’égalité des chances tant prônée n’était dans les faits qu’un leurre.

Ceci dit, je remercie et je serai reconnaissant pour tout ce que la France a fait pour moi. Elle m’a logé, nourri, éduqué et appris à me battre chaque jour pour mériter ce que j’ai. D’ailleurs un bon conseil, évitez de polémiquer sur les affaires de politiques intérieurs qui agitent votre pays d’accueil en rendant à César ce qui appartient à César. D’ailleurs la seule phrase de Nicolas SARKOZY que j’ai aimé c’était quand il disait : « la France, on l’aime ou on la quitte ! ». J’ai quitté la France pas parce que je ne l’aimais pas mais parce qu’il était temps pour moi de rejoindre mon pays, convaincu que j’y suis plus utile et que je serais fier d’y devenir quelqu’un.

Nous sommes le 9 décembre 2011, encore un accident sur le périphérique et j’arrive en retard à l’Aéroport d’Orly. L’agent d’escale me demande d’embarquer sans mes bagages ou d’attendre une semaine pour prendre un autre vol. Je ressors de l’aéroport le temps de prendre une décision. Deux minutes de réflexion et retour au comptoir d’à côté, j’y achète un nouveau billet pour un décollage deux heures plus tard.

Le retour n’est pas facile, il faut en être conscient et s’y préparer.

Parlons d’abord de la pression sociale. Il est important de vous rendre compte que vous revenez dans un pays où vous n’avez plus aucun repère, où la mentalité et les mœurs n’ont pas changé alors que votre esprit s’est adapté aux réalités d’une autre société totalement différente. Mais rassurez-vous, après six mois d’immersion vous aurez compris que le plus grand nombre l’emporte et vous arrêterez de vous énerver face aux comportements inciviques de tous les jours, sans pour autant les accepter. Enfin, la pression sociale peut revêtir un caractère économique ; vous aurez à régler les problèmes des autres avant de vous charger de vos propres problèmes. D’ailleurs, si vous êtes l’unique soutien de votre famille un retour ne serait pas forcément la bonne solution.

Ensuite, la période de galère qui, pour ceux qui arriveraient sans avoir trouvé au préalable un emploi, se situe en moyenne entre six (6) et dix-huit (18) mois, sauf cas exceptionnels. N’acceptez surtout pas de tomber dans l’attentisme habituel, cela risque de rallonger votre période de prospection. Soyez proactif dans vos recherches en adoptant une stratégie réfléchie que vous suivrez rigoureusement. Commencez par vos proches (famille, amis, connaissances,…), puis répondez aux offres d’emploi dans la presse ou sur les sites des entreprises et enfin prenez directement contact avec les cabinets de recrutements ainsi que les entreprises (approche direct, site de réseau professionnel tel que LinkedIn ou Viadeo). Une fois que vous aurez pris fonction, il vous faudra vous adapter au monde du travail qui par essence diffère d’un pays à un autre. La rigueur et l’objectivité ne font pas loi dans toutes les entreprises, seule votre motivation et une vision à long-terme vous permettront de garder le cap pour construire une belle carrière.

Ai-je fais le bon choix ?

Aujourd’hui, deux années se sont écoulées depuis mon retour au pays natal et je peux dire que c’était le bon choix. Je personnalise ma réponse puisque je considère qu’il y a deux types de retour : les retours choisis et ceux imposés.

Certaines personnes, comme cela a été mon cas, sont rentrés au pays parce qu’ils l’ont choisi et leur intégration dans leur nouvelle vie en devient beaucoup plus facile, puisqu’elle résulte d’une décision mûrement réfléchie. Tandis que d’autres reviennent alors qu’ils ne l’ont pas choisi. Pour des raisons financières, de tracasseries administratives (expiration carte de séjour) ou autres, ils se retrouvent du jour au lendemain dans leur pays d’origine sans que cela ait été un souhait de leur part. Un choc qu’il vous faudra surmonter et aller de l’avant.

L’Afrique est sur la voie du développement et l’évolution des indicateurs économiques présage de bonnes perspectives pour le continent. Ce développement ne pourra se faire sans des ressources humaines de qualité formées dans les mêmes universités que les fils et filles de nos pays concurrents sur l’échiquier mondial. De réelles opportunités vous attendent en Afrique tant au plan humain que professionnel, mais faudra être patient et accepter de prendre le risque du retour. »

Mory Kaba


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Powered by AATD & AC.
© 2016 Sénégal Network – Back to Galsen, tous droits réservés